Wednesday, 10 September 2008

Je t'aime tu m'aimes


Je t’aime
Un peu, beaucoup, pas du tout, à la folie.
Comment t’aimer, saurais-je t'aimer, le saurais-tu ?
Tu m’aimes,
Un peu, beaucoup, pas du tout, à la folie.
Comment m’aimer, saurais-tu m'aimer, le saurais-je ?

J’aurais voulu t’aimer
Tu aurais voulu m’aimer
J’aurais voulu que tu m’aimes comme je t’aime
Tu aurais voulu que je t’aime comme tu m’aimes.
Combien m’aimes-tu ?
Un peu, beaucoup, pas du tout, à la folie.

M’aimes-tu ?
Pas de réponse.
Question sans réponse.
Ton ‘pas de réponse’ résonne de réponses
Ton ‘pas de réponse’ est de toutes les réponses
De celles que tu m’as données
Sans doute, la seule, la meilleure que tu aies pu me donner.

Voyons, repassons un peu les faits ensemble …
Ou … chacun tout seul.
Je t’aime, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout,
Beaucoup.
Tu m’aimes, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout,
Pas du tout.

J'ai demandé aux marguerites
de me dicter les rites.
C’est triste !
Non. C’est la vie !

©2008 Marwan Elkhoury
©2008 Dessin Dounia

Monday, 8 September 2008

Le dilemme du prisonnier

Moi, je t'aime et te jure que toujours je t'aimerai
Toi, tu m'aimes et me jure que toujours tu m'aimerais
Tu avais promis de toujours m’aimer
Comme j’avais promis de toujours t’aimer.

Aussitôt dit, aussitôt fait, tu courrais en aimer un autre,
Faisant semblant de toujours m’aimer.
Et moi de courir en aimer une autre,
Faisant semblant de toujours t’aimer.
L’autre, promettant de t’aimer, en aimait un autre,
Qui en aimait une autre, promettant de l’aimer.

De fil en aiguille et au fil des jours,
A chaque nouveau tour de vis, à chacun d’en aimer un autre,
Tout en prétendant s’aimer l’un l’autre pour toujours,
Et, chacun, libre de courir après chacune de ses amours,
Restait l'inconditionnel prisonnier de sa liberté de l'autre.

A courir trop de lièvres,
Chacun de se retrouver
Gros-jean-comme-devant,
Le soir, lové sur un divan,
Sans lèvres à embrasser,
Que celles de celle qu’il prétendait aimer
Tout en pensées pour celle qu’il voulait aimer.

©2008 Marwan Elkhoury

Sunday, 7 September 2008

L’ennui

J’aime rester de longues heures sans rien faire
À regarder passer des passants sans âges,
Si différents et si tellement les mêmes visages, 
Et, à mesure qu’ils passent, à mesurer que rien ne se passe.

Les jours passent, les nuits passent
Sans rien, ni autour ni entre, qui ne se passe.
Au cours de ces journées folles d’ennui,
De longs dimanches qui n’en finissent plus,
Je m’enfonce dans une léthargie sans fin
Pour étaler mon ennui sur toutes ces pages.

Je passe le plus clair de mon temps à le perdre
Pour gagner le plus de temps à le perdre
Plutôt que de perdre mon temps à le gagner.

Ennui et paresse, père et mère de tous les vices,
Sont les deux mamelles de ma vie
Qui me nourrissent de rêves et de délices.

Quand on n’a qu’une vie, l’enjeu est de taille.
Faut-il passer à la perdre ou à la gagner.
De toute manière, s’il fallait la passer,
Ça ne serait pas ici où j’aimerais la passer,
Mais ailleurs, toujours ailleurs, et pas sur cette paille.

©2008 Marwan Elkhoury

Les cris et l’écrit

Oserai-je t’appeler amie,
Alors que tu ne m’appelles même pas.
Oserai-je t’appeler alors que tu ne m’appelles pas.
À défaut de t’appeler, je t’écris.

Tout écrit est un cri,
Un cri sourd,
Un cri lourd,
Un cri.

L’échec du cri est l’écrit,
L’échec de l’écrit est le cri interné,
L’échec du cri interné est écriture interieure,
Et l’échec de l’échec est l’échec et mat.

Cri de désespoir de n’être pas écouté,
Dont l’espoir n’est que l’espoir d’un désespoir d’être écouté,
Au mieux le désespoir d’un espoir de ne pas être écouté.

Je t’appelle alors sans t’appeler,
Pour que tu ne m’appelles plus sans m’appeler.
Je t’écris, poussé
Par ce besoin animal ou sentimental de parler
Plus que de te parler,
Parler dans un désert de foules silencieuses et muettes,
Ne communiquant plus que par palimpsestes
Dont la trace se perd dans des tables célestes.

J’écris, plus pour écrire que pour dire.
Je n’ai rien à dire. Encore faut-il le dire
Pour que tout le monde le sache.
En même temps que je contemple toute l’absurdité de ce cri,
Je me refuse à ce qu’il m’empêche ni de le faire ni de le dire.
Ceci est cela. A cela, aucun ne peut y échapper
En faisant comme si ça ne l’était pas.

©2008 Marwan Elkhoury

C'est dimanche


L’autre jour, tout innocemment, je m’écriais:
Tous les jours que dieu crée je crée”.
Aujourd’hui, c’est le jour du seigneur.
Je voudrais pouvoir chanter
Un hymne à sa gloire et à celle des pêcheurs
Que nous sommes mais je n’y arrive pas.
Ni les mots ni les inspirations ne sont
Au rendez-vous de ce jour sans gloire.

Il se fait que depuis quelques temps déjà,
Passent les temps sans que la création ne se passe.
Suis-je en train de faire ce que dieu fait ou ne suis-je plus
En train de le suivre dans ses multiples créations
Et ses non moins quotidiennes destructions.
Crée-t-il encore ou ne crée-t-il plus
Suis-je le fruit de son produit ou un fruit pourri
Et stérile tombé de l’arbre de la création
Ou émanant de celui de la destruction.
Mais tous les fruits,
les frais, les verts, les bannis
Et les pourris sont pour toujours ses fruits.

Comment le saurais-je, si je ne crée plus
Comment saurais-je, si c’est lui en moi qui ne crée plus
Ou moi en lui qui ne crée plus
Pour le savoir, encore faudrait-il le lui demander
Et si je le lui demandais, m’entendrait-il
Et s’il m’entendait, me répondrait-il
Et s’il me répondait, le comprendrais-je
Dîtes-moi, pourquoi devrait-il m’entendre
Et pourquoi devrait-il me répondre
Et pourquoi devrais-je le comprendre.

Pour ce faire, il faut y croire car sans y croire pas de réponse.
Sur ces questions, le doute n’est pas permis.
Il peut même être puni.
Je suis puni, non pas juste pour douter,
Mais pour supposer le doute sans avoir même douté.
Je suis puni et incapable de goûter
Aux joies et aux supplices de la création,
Malaxant des mots sur une page sans passion 
Qui ne font que noircir un esprit déjà bien noir.
Laissons passer ce jour. On verra bien demain,
Quand son heure de gloire sera passée,
Que m’auront réservé mes heures passées.

©2008 Marwan Elkhoury

Sunday, 31 August 2008

Le temps

Le temps passe et ne repasse pas.
Quel est ce temps qui passe et qui ne repasse pas.
Et si je passais, passerait-il ?
Et si je ne devais pas passer, m'attendrait-il,
Ou repasserait-il ?

Enfin, si c'est pour passer et ne pas repasser,
Ou, pour ne pas passer pour repasser,
Au fond, pourquoi, du tout, passer !

Si je passais plus vite, passerait-il plus lentement,
Ou, si, plus lentement, je passais, passerait-il aussi plus lentement.

Au fond, comment passe-t-il son temps,
Quand je le passe de temps en temps,
Ou tout le temps.

Passez-moi donc l'expression.
Je me passerai bien, moi aussi, de toute expression.

©2008 Marwan Elkhoury

Friday, 29 August 2008

Règle singulière du pluriel

Ils étaient deux, ils étaient nus,
Ils étaient jeunes, ils avaient bu,
Ils étaient ce que je n'étais pas,
Ils étaient ce qu'ils n'étaient pas.

Il faisait nuit, il faisait froid.
Ils dansaient libres une valse sous la lune
Batifolant impudemment sur la dune
Je les regardais, plein d'amour et d'effroi.

Le jour se leva, le ciel rougit.
Ils coururent se réfugier dans la grange,
Pour se mettre à l'abri de l'étrange,
Je ramassais mon âme et la refermais sans un pli.

©2008 Marwan Elkhoury

Wednesday, 27 August 2008

La Muse Eclatée

Tu m’aspires dans ton sein et m’inspires ce poème,
Tu m’attires dans tes yeux, et me foudroies de tes peines.
Tu paralyses mon inspiration, la remplaces par la tienne
Je prends ta voix et j'en fais une folle antienne.

Tu n’aimes qu’à aimer et être aimée
Tu me donnes l’amour sans la liberté de m’exprimer.
Tu veux la liberté et l’amour,
Mais tu me lies à toi et me laisses sans liberté.
Qu’est-ce que l’amour sans la liberté
Et la liberté sans l’amour.
Je revendique l’amour de la liberté et la liberté de l’amour.

Je suis ton ami. Tu te joues de mes faiblesses
Tu me fais peur par ton amour et me fait fuir de t’aimer.
Tu es la finesse, moi, la lourdeur.
Tu es la vie, je suis la mort,
Tu es la beauté de ma laideur,
Et moi, la laideur de ta beauté.
Mais l’un sans l’autre, nous ne sommes rien,
Et l’un dans l’autre, serions-nous si bien.

J’ai besoin de toi autant que tu as besoin de moi.
Je ne suis rien sans toi. Tu n’es rien sans moi.
Nos sorts sont liés ; tu vivras avec moi et tu mourras avec moi.
J’ai besoin de toi pour cristalliser mon imagination
Et toi pour imaginer mes cristallisations.
Mais lorsque je ne t’ai plus, je ne peux plus écrire
Et lorsque je t’écris, je ne suis plus épris.
À moins que, sur ton corps, je n’écrive mes lamentations
Et sur ta chair mes sensations
Mes mots deviennent des caresses,
Mes virgules te laissent des paresses,
Mes traits te donnent des chancres,
Et dans ton sang je plonge mes encres.

De ma plume, je te choie,
De mes doigts, je te broie,
De tes caresses, je me noie,
Et déroule ma plainte d’élève aux abois.

Comme un enfant gâté, avec son nouveau jouet,
Je te lance en l’air pour te faire éclater
En mille morceaux, chaque morceau s’éparpillant en mille autres morceaux.
Je sors de la chambre sans un regard
Pour ce désastre, que je balaie d’un coup de tête.

Muse, ô ma Muse, je voudrais t’aimer que je ne pourrais,
Ce n’est que lorsque tu n’es plus que je peux enfin être,
Tu t’amuses à me cajoler, je t’aime à me détester
Ta chevelure abonde d’un parfum de paradis,
Qui m’enchante à te chanter une ode pourrie.

Tu vis avec qui tu ne voudrais pas,
Moi, le poète sans illusions,
Ne pouvant être avec qui tu voudrais être,
Le Baudelaire des Fleurs du Mal ou le Rimbaud des Illuminations.

Voilà que je te dégoûte.
Je te rappelle que je ne suis rien sans toi, ni rien avec toi,
Qu’un vulgaire scribouilleur jouant au poète que tu déboutes.

©2008 Marwan Elkhoury

Le cerf-volant


Tu étais libre comme un cerf-volant,
Pour voler au gré du vent,
Tu bafouais frontières et tensions territoriales,
Comme tu te moquais bien des querelles paroissiales.

Comme l’amour d’ailleurs, que ni les fils de fer barbelés,
Ni les chars ni les postes de guet,
Plantés par des hommes écervelés,
Pour protéger la haine, ne peut arrêter.

Tu te riais bien, Randa, des lois désuètes,
Nous montrant bien que la guerre n’est pas qu’affaire d’infidèles,
Et les civilisés, pas ceux que l’on pensait.

Pas à pas, tu as fait ton chemin, dans le chemin de la guerre,
Pour t’élever, au-delà de la tragédie, dans notre comédie humaine,
Celle des hommes et des femmes de la terre,
Ballottés par nos guerres imprudentes de politiques perfides,
Comédies parfois loufoques, mais toujours sordides,
Celles où a trop longtemps règné la bêtise humaine.

Nous t'attendions avec impatience pour ton prochain film,
Qu’il n’y pas longtemps encore, tu nous avais annoncé.
Mais en partant comme cela, tu nous laisses sidérés.
Sans un bruit, sans un signe, nous restons sur notre faim,
Et, sans plus un mot de toi, il va, en réalité, nous manquer,
Maintenant et pour toujours, le clap de la fin.
Silence, on ne tourne plus.

©2008 Marwan Elkhoury

Saturday, 23 August 2008

La jeune fille et la mort


Un jour, la mort, dans sa rituelle ronde matinale,
Cueillant de merveilleux lys, à frêles pétales,
Rencontra une belle jeune fille qu’il aborda timidement,
Mon dieu, comme vous êtes belle, lui dit-elle, en rougissant,
Et la douce et belle créature de répondre,
Mon dieu, vous m’avez fait ombre.

Désolé, demoiselle, là n’était point mon intention.
Je ne faisais qu’un petit tour dans le jardin des tentations.
Et pour vous consoler de votre frayeur,
Voilà, ces fleurs sont à votre intention.

Je vous remercie mais ne puis accepter un tel présent.
Ce n’est rien, demoiselle, en l’acceptant,
Vous me faites un plaisir bien plaisant.
C’est trop gentil, je suis votre obligée, à présent.

Oh, Madame, je vous en prie, c’est moi qui le suis pour vous.
Je suis vieux, je suis laid, je suis à vous,
Vous êtes jeune, vous êtes belle, vous avez la vie devant vous,
Moi, je l’ai derrière moi, et le monde est à vous,
Je pars, à présent, et n’ose m’attarder près de vous,
De peur qu’on ne me surprenne à vos pieds
Et que vous commenciez à m’aimer,
Sentiment qu’à mon âge, je ne saurais supporter.

Est-ce que je vous dégoûte tant pour que vous partiez
Si précipitamment. je vous en prie, ne partez pas, restez,
J’ai comme quelque chose à vous dire. Je n’avais,
Au contraire, Madame, nulle intention de partir,
C’était juste, à vos égards, une formule pour vous ravir,
Afin que vous m’obligiez près de vous,
Et si j’en oublie mes soucis des enfers, je veux dire,
Ce n’est pas tous les jours que je fais de si belles rencontres, rassurez-vous.
Aux enfers, ils sont ternes et poussière.
Que voulez-vous que j’en tire, comme conversation au petit-déjeuner.

Cher ami, ne partez pas, Ou prenez-moi avec vous.
J’en ai assez de ce monde. Il n’est pas fait pour moi.
Madame, c’est profanation, comment osez-vous
Tenir un tel discours devant moi.
Je vous en prie, j’en ai assez de cette vie, Je m’en fous,
Je vous aime, c’est vous que je veux épouser
Non pas mon imbécile d’amant transi de froid à vous faire fuir.
Madame, je vous en prie, je suis votre obligé, je ne puis plus me dédire.
Suivez-moi, allons de l’autre côté des pleurs et du rire.

Amour et mort font bon ménage,
L’amour, de la mort, est l’otage.
Les deux pôles d’un même voyage.

©2008 Marwan Elkhoury
©Peinture par Henry Lévy, Musée des Beaux-Arts de Nancy, courtesy: Wiki Commons

Thursday, 21 August 2008

Il y a il n’y a pas

Kana ma kan fi kadim el zaman ...
Il y a il n’y a pas et cela depuis fort longtemps,
Un prince charmant
Qui tombe fort amoureux de sa belle au bois dormant.
Voilà comment, ici et là, commencent et finissent toujours nos histoires,
Sans début ni fin, sans problèmes ni histoires.

Les contradictions ne sont jamais résolues,
Les conflits non plus,
Sans pour autant empêcher que le prince charmant,
À la fin du conte, ne se marie avec la pauvre mais belle et jeune infantile,
Transformée, au détour d’un baiser furtif pré-nubile,
En princesse toute aussi charmante.

Contrairement à l’occident qui prétend tout résoudre sans rien résoudre,
L’orient ne résout rien sans rien découdre.
De ces deux méthodes, qui a tort, qui a raison, quelle bourde.
L’occident avance sur un orient qui recule
La réponse est peut-être ridicule.

L’un avance vers un je-ne-sais-quoi ou un je-ne-sais-où,
Tandis que l’autre recule vers un je-ne-sais-quoi ou un je-ne-sais-où.
Se retrouvent-ils quelque part dans la sratosphère ou dans le temps, tout à coup,
Ou se perdent-ils tous les deux, à bout,
Dans une valse à deux temps, séparés à tout jamais, sur le coup.

Sans réponses à ces questions ni résolution du dilemme,
Mais, qu’à cela n’y tienne,
La vie continue comme elle a commencé,
Cahin-caha, un pied devant l’autre à peine divorcé,
De générations en générations, de bataillons en bataillons,
De conflits en conflits, de pertes en profits,
Un pas qui tienne l’autre qui traîne,
Un prince charmant et sa belle traîne,
Ils vivent longtemps, ils sont heureux,
Et font beaucoup d’enfants malheureux.

©2008 Marwan Elkhoury

Wednesday, 20 August 2008

Tous les jours que dieu crée je crée


Tous les jours que dieu crée je crée
Des dieux, des diables, des anges, des elfes et des fées
Rien à voir naturellement avec ce que dieu crée
Moi, je crée le verbe à l’aide de chimères,
D'idées, de pensées et d'arbitraire,
Qui n’existent que dans et par mon esprit,
Et dans celui qui, accessoirement, me lit
Mais, pour moi, tout cela est plus que ce je-ne-sais-quoi
Que tout ce qui festoie autour de moi.

Je peuple mon âme de corps et d’esprits évanescents
Avec qui je cohabite en plus étroit milieu
Que n’importe qui ou quoi d’autre sur terre, sur mer ou dans les cieux.
De mes rêves, plus que dans le réel, j’ai foi
Le réel est purement imaginaire pour moi
Celui que je sens n’est pas celui qui est
Celui que je pense est celui qui est
De mes élucubrations, je fais ce que je vois,
Je décide qui fait quoi
Quand où et comment
Je les contrôle du premier instant à leur dernier éblouissement,
Je vis avec eux en plus grande intimité que tout le reste
Car elles sont pour moi plus vrai que tout ce qui reste.

Que faire encore de cette putain de réalité
Plus triste que la plus triste des plus tristes
Plus irréaliste que la plus irréaliste des irréalistes
Je l’habille de brillantes absurdités
D’organdi et de somptueux manteaux damassés
Je la maquille de fond de teint bleu d’or et de futilité
Je la couche sur un magnifique tapis fleuri d’Ispahan
Et la baise sur des coussins de soie d'Astrakhan
Comme une jeune endormie d'un bordel afghan.

Elle peut renâcler je n’en ai que faire
Je la couvre de bijoux pour mieux la faire taire
Je la traite comme la première de mes pairs
Et la noie de prouesses et de bien de larmes éphémères.

Et lorsque le tout pour le tout est joué
Je m’arme de plumes et de papiers
Invente une ode à la dévouée
Et lui tisse une magnifique parure dorée.

Ah que les jours sont tristes
Et les poètes schismatiques
Pour décrocher des piques
A ce monde de mystifications mystiques.

©2008 Marwan Elkhoury

Tuesday, 19 August 2008

La vérité c'est le mensonge

La seule chose de vraie, c'est ce qu'on imagine.  Tout le reste est faux, la réalité, en premier lieu, dixit moi.
La vérité, c'est le mensonge; et rien de plus vrai que le mensonge, dixit moi aussi.

Vivre de poésie et d’eau claire

Je ne sais plus l’heure qu’il fait ni le temps qu’il est,
Je ne sais plus quel jour du jour ou de la nuit je suis;
Mes jours sont aussi sombres que mes nuits
Et mes nuits ressemblent étrangement à mes jours.

J’entends ce qu’on me dit sans rien comprendre à ce que j’entends
Et ce que je lis n’a plus vraiment de sens
Comme si une langue étrangère ma langue maternelle m’était revenue
Histoire de ne pas passer pour un étranger chez soi
De faire comme si j’étais d’ici alors que je ne sais plus d’où je suis,
Etranger chez moi plus que chez les autres.

Ils me construisent des mondes qui ne sont pas pour moi
Suivant des idéologies complètement dépassées
Comme sont toutes les idéologies faites sans moi ou avec moi
Comme tout ce qui est pensé est déjà dépensé.

Je vis de poésie et d’eau claire
Comme on ne vit ni d’amour ni d’eau fraîche.
Je vis donc sans vivre
Le plus clair de mes ruines et de mes rives.

©2008 Marwan Elkhoury

Monday, 18 August 2008

Le clown


Le clown, sous son chapiteau de PVC azuré,
Marionnette bigarrée, toute de jaune et de rouge, habillée,
D’immenses chaussures rouges, il était chaussé.
D’un petit avion à hélices, il descendit du ciel pour atterrir sur scène,
A coups de cymbales, tambours et sirènes.

En un tour de main il fit des tendres bambins
Des animaux sauvages, tigres, lions, hyènes et babouins,
Leur fit boire d’émoustillants breuvages,
Et les fit danser autour d’un feu de mirages.

Aux sons stridents des trompettes dorées,
Au rythme d’une musique de cirque endiablée,
Il guida sa petite troupe d’enfants barbouillés,
Courant, criant, piaillant allègrement,
Tout droit vers une descente escarpée.

Un à un, deux à deux, trois à trois,
Se poussant, se chamaillant et se marchant dessus,
Libres enfin de l’apesanteur,
Les enfants sautèrent le talus,
Et s’élancèrent dans les airs comme des oiseaux de proie.

Ayant généreusement fait entendre leurs applaudissements,
Les parents, sortis de leurs béats ébahissements,
Coururent vers la sortie retrouver leurs enfants chéris,
Et, à leur grande stupeur, ne découvrirent que des corps endoloris.

Il faudrait une morale à cette sordide histoire
De peur qu’on ne m’accuse de vices troubles et cachés.
La morale aux enfants de cette histoire,
C’est à suivre un quelconque quidam, même un stupide clown, les yeux fermés,
On risque fort, d’une partie de rire, finir dans un décor, quelque peu défigurés.

@2008 Marwan Elkhoury
©2008 Dessin Dounia

Saturday, 16 August 2008

Ce ne sont pas les mots que l'on dit qui comptent


Je griffonne à la va-vite sur un papier quelques notes éparses pour encrer ma dérive.
La route que j'emprunte n’est pas celle que j'ai choisie
Et je n'emprunte pas celle que j'ai choisie.

Ce que j’aurais voulu dire, je ne le dis pas,
Et ce que je dis, je n’aurais pas voulu le dire.
Ce ne sont pas les mots que l’on dit qui comptent, mais ceux que l’on ne dit pas,
Ce n’est pas ce que l'on écrit qui compte mais ce que l'on n'écrit pas,
Ce n’est pas ce que l’on voit qui compte, mais ce que l’on ne voit pas.

Celle que j’aurais voulu connaître, je ne la connais pas,
Et celle que je connais, je n’aurais pas voulu la connaître,
Ce que je fais n’est pas ce que j’aurais voulu faire,
Et ce que j’aurai voulu faire, je ne le fais pas.

Ce n’est pas ceci qui compte ni cela,
C'est autre chose, et autre chose encore, et toujours autre chose,
On nous parle de ce qui est comme si cela était,
Et de ce qui n’est pas comme si cela était,
Mais ce qui est n’est pas,
Et ce qui n’est pas n'est pas,

Mais alors,
Que faisons-nous ?
Que disons-nous ?
Qu’entendons-nous ?
Où allons-nous ?
Je ne sais pas. Probablement nulle part.

Nous marchons dans une nébuleuse de fausses paroles involontaires,
Dans un brouillard d’intentions, de non-dit et de non-fait,
D’un crépuscule à l'autre,
D’un désastre à l’autre.
Et nous faisons comme si,
Comme si tout cela était normal,
Comme si c’est cela que nous devions faire,
Sachant pertinemment bien que ce n’était pas cela,
Que ce ne serait jamais cela.

Mais que faire, à part jouer le jeu,
Ou notre part de rôle dans le jeu,
Un rôle que nous improvisons à l’instant du jeu,
A la recherche de nous-même,
Aveuglés pas l’obscurité de notre être et du non-être,
A la limite du tolérable et de l’intolérable,
A la limite de l'acceptable et de l'inacceptable,
A la limite de la raison et de la folie,
A la limite du plein et du vide,
Attrait de l’en-deça et de l'au-delà,
Bouclant la boucle du tout au rien,
Et du rien au rien.

©2008 Marwan Elkhoury

Friday, 15 August 2008

Le roi et son valet

Un jour, le roi appela son valet et lui dit :
Valet, es-tu content de ton sort,
Oui, Majesté, ma vie est de votre ressort,
D’être à votre service comble ma vie.

Parfait, rétorqua le roi.
Je t’ordonne à présent d’échanger nos vies,
Je serais valet et tu seras roi.
Mais, Sire, rétorqua le valet,
Je suis valet et vous êtes roi.
Tout est selon mes envies.
Je suis le temps et la vie.
Tu seras roi. 
Je serais toi,
Pour un bout de temps seulement.
Mais, sire ! J’ai plaidé.

A partir de ce jour, le valet-roi décidait du sort de ses sujets,
Jour après jour, nuit après nuit.
Un jour, le roi-valet vint voir son valet-roi et lui dit :
Sire, je suis content de votre règne,
Mais votre règne prendra fin cette nuit.
Il est temps que je reprenne les rennes
Et que vous repreniez les sept-fois-huits.
Au valet-roi de lui répondre :
Mon cher valet, à présent, c’est moi qui décide et non plus vous.
Au moindre signe de révolte, je vous jette au trou.
Mais enfin, s’exclama le roi, vous êtes encore et toujours mon sujet.
Détrompez-vous, cher valet, vous êtes à présent mon sujet,
Et plus pour longtemps, j’en suis bien effrayé.

Aussitôt dit aussitôt fait,
Le valet-roi expédia le roi-valet aux galères
Toute opposition fut étouffée en un éclair.
Le roi mourut, loin de ses sujets,
Seul, malade, ressassant ses misères.

©2008 Marwan Elkhoury

Thursday, 14 August 2008

Isomorphismes Amoureux

Je t’aime mais tu ne le sais pas encore
Je t’aime mais tu ne le sauras jamais
Je t’aime mais tu ne m’as jamais aimé
Alors pourquoi t’aimerais-je si tu ne peux pas m'aimer.

Je t’aime sans raison,
Je ne sais ce qu’est aimer
Je ne sais qui j’aime en toi
Je ne sais ce que j’aime en toi
Mais je sais que je t’aime et c’est tout ce qui m’importe.

Je t’aime sans te connaître
Qu’en aurais-je du pourquoi, du comment et du parce que
Si je savais pourquoi je t’aimais
Continuerais-je encore à t’aimer
Si je savais ce que j’aimais en toi,
Continuerais-je à t’aimer
Si je pouvais t’aimer t’aimerais-je encore
Qui le sait et pour combien de temps encore.

Je t’aime parce que je ne te connais pas
Je t’aime parce que tu ne m’aimes pas
Et si je te connaissais, t’aimerais-je encore
Peut-être pas.

Amour et connaissance sont-ils compatibles
L’amour est aveugle et la connaissance méconnaissance
J’aime ce que tu n’es pas
Si je t’avais je ne t’aurais pas
J’aurais celle que je pense être toi mais qui n’est pas toi
Et si j’aimais ce que tu étais,
Tu ne serais plus ce que j’aime ou ai aimé
Déjà rien que l’acte de t’aimer altère ton identité
Et rien qu’en t’aimant, j’aurais aimé une autre que celle que j’avais cru aimer.

Je t’aime par hasard et pour mon malheur
En t’aimant je crois trouver le bonheur
C’est le malheur qui, en t’aimant, me rejoint à tout jamais
Celui de t’avoir aimé sans avoir pu t’aimer
Celui de toujours t’aimer sans jamais être aimé.

©2008 Marwan Elkhoury

Wednesday, 13 August 2008

Réconcilier l'inconciliable

Comment réconcilier
Le conciliable avec l’inconciliable
Ma vie avec la vie
Ma vie avec la mort
Comment concilier
Le fini avec l’infini,

Le fini finit dans l’infini.
La limite est sans limites.
Nous-mêmes, dansons-nous
Dans l’infini d'infinités d’infinis
Où sommes-nous,
Tout simplement, finis,
Maintenant et pour toujours.

Le nombre de nos permutations
A-t-il fini de finir ?
Finis que nous sommes,
Pouvons-nous toucher à l’un de ces infinis,
Transcender le fini pour l’infini
Et atteindre l'indéfini.

Je sais que je ne peux,
Quoique je fasse, ici et maintenant,
Incluant mensonges et fabulations,
Inventant paradis et dieux,
Réconcilier le fini avec l’infini
Ma vie avec ma vie.

Tout ce que je fais ici-bas
Est entièrement déterminé
Par la certitude de ma finitude
Et celle de ma mort.

J’aurai bien voulu faire,
Que je ne pourrais
Réconcilier le sensé et l'insensé
Ma vie avec ma mort
Ma mort avec ma vie
A vie
A mort.

©2008 Marwan Elkhoury

L'Amour du Triangle


Chaque fois que je pense à toi
Je me demande tu penses à quoi ?
Tu penses à lui ou à moi ?
Quoique je sois tu me laisses coi.

Chaque fois que je te voie
J’ai comme l’impression que nous sommes trois.
C’est comme chacun pour soi
Soit pour soi ou l’autre pour soi

Je t’aime pour toi non pour l’autre.
Tu m’aimes pour l’autre, non pour moi
Pourquoi alors être avec moi
Quand tu ne penses qu’être avec l’autre.

Dis-moi alors comment te sens-tu
Je te regarde tu ne m’aimes plus
Tu regardes ailleurs comme si je n’étais plus
Dis-moi que voudrais-tu
Que je sois ailleurs ou que je ne sois plus.


© 2008 Marwan Elkhoury
© Modigliani, "Nu Rouge", détail.