Elle m'a tranché la vie d'un regard obtus
Dieu seul sait si je suis,
Comme seule une phrase absurde,
À une vie peut encore donner un sens,
Comme seul le non-sens donne du sens
À ce qui s'en suit.
Je déambule, seul, dans les rues blafardes de mes peurs
À travers le sac et le ressac de mes pleurs
Je me suis fait un bonheur de n'avoir jamais connu le bonheur
Mon désespoir vient de plus loin que mon exil,
Du plus profond que l'insoutenable perte du souvenir.
J'ai tout perdu,
Perdus ceux que j'ai toujours eu,
Perdus ceux que je n'ai jamais eu
Perdus ceux qui ne m'ont rien donné
Perdus ceux qui m'ont tout donné.
Mon manque de goût vient d'une maladie chronique,
Celle de n'avoir jamais sû exister,
De traverser la vie pour passer de l'autre côté,
Sans pouvoir rester là où je suis ni aller là où j'étais.
Je refuse la réalité comme je refuse sa fuite
Je refuse le rêve quoique je m'y réfugie,
Ne pouvant supporter la réalité du rêve,
Pas plus que le rêve de la réalité.
Piteux ersatzs d'une piteuse réalité,
Les illusions et les mythes m'accompagnent
Dans l'intolérable destin de la vie
Je profite de mes insomnies
Pour m'inventer de nouvelles vies
Chacune plus réelle que la vraie vie.
Chou fi ma fi qui y a t-il qu'il n'y a pas
D'un rien dieu en fait un tout
De ce tout l'homme le détruit
Pour, tour à tour, haïr et tuer,
Bouleverser et aimer.
Les soleils de mon enfance
Bercent mes larmes d'une langueur
Monotone sur les plages de mes heures
Les mystères illuminent mes stances
D'un grand feu immense.
Apprendre le bonheur pour ne plus l'humilier
Le pleurer et ne jamais l'oublier
Une vie durant apprendre ardemment l'amour
Pour en mourir et ne jamais en vivre.
© 2009 Marwan Elkhoury
Tuesday, 31 March 2009
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